D'habitude, le choix est vite fait. Après avoir passé des heures à chercher les noix au rayon Fruits, ou peut-être bien Fruits secs, puis finalement se dire que c'est peut-être au rayon Pâtisserie, on aurait plutôt tendance à prendre ce que l'on trouve, quand on le trouve, et sans trop se poser de questions.

Mais ce jour-là devait être un jour béni, car dans le magasin choisi, dont le nom fini par le son i, devant moi comme je te le dis, il y avait des cerneaux de noix de ce côté-ci, et de ce côté-là des noix entières au même prix. Et donc je me suis dis, qu'il fallait que j'y regarde de plis pris... heu de plus près...

Bref, à gauche, des noix entières, bio, énormes, à 3,99€ les 500 grammes. A droite, des cerneaux de noix, jolis aussi, à 3,40 € les 125 grammes. Le calcul est vite fait : si, en cassant les noix entières, on obtient à peine plus que 125 grammes de noix, alors ça ne vaut pas la peine de s'embêter. Mais imaginons, tiens, pourquoi pas, que l'on en obtienne beaucoup plus, eh bien, là, moi je dis, que ça vaut le coup de se poser la question. Et d'ailleurs, si vous êtes encore là à lire cet artible, alors c'est bien qu'il y a un sujet qui mérite d'être soulevé.

Ce que j'ai fait d'ailleurs, j'ai soulevé les deux paquets de noix et je les ai secoués un peu pour essayer d'évaluer le poids du contenu des noix entières par rapport aux noix décortiquées. Ce n'est pas facile de peser le contenu de la noix dans sa coquille, à la main, surtout qu'il y avait également le poids du sachet en plastique à prendre en compte. Donc, même si l'on considère que le fait de secouer le paquet peut placer l'intérieur de la noix, pendant un court instant, en état d'apesanteur, et que lors de l'atterrissage de la noix dans sa coquille, à supposer que le mouvement interne soit possible, on puisse alors avoir la sensation d'une différence de poids entre l'ensemble des coquilles au moment de l'apesanteur et le poids total en fin de course, tout en comparant cette différence avec le poids de l'autre paquet de noix déjà décortiquées. Bref, si l'on prend en compte les mouvements d'accélération qu'il faut déduire de tout cela, on imagine combien l'être humain est une machine complexe capable de faire des choses que la nature n'a pas prévues, mais ce sera l'objet d'un autre billet...

Bref, comme je n'étais pas seul à faire les courses, j'ai dû prendre une décision rapide, et nous avons donc acheté les deux paquets de noix, investissement indispensable à l'élucidation de cette cruciale énigme que l'on pourrait baptiser la "Nuts Enigma". D'ailleurs, si vous êtes amenés un jour à procéder au décortiquage de noix, je vous suggère en accompagnement sonore la bande Nuts du groupe Enigma Dubz, excellemment adaptée à cette opération délicate. Et donc, à cet instant où se conjugueront l'harmonie de la musique, le doux bruit de la coquille brisée sous l'aile du casse-noix, et la satisfaction de réaliser un travail manuel et non moins utile, vous pourrez alors méditer sur les bienfaits d'internet et de ses navigations improbables qui vous auront valu de vivre cet instant magique.

Pour casser 500 grammes de noix, j'ai mis environ 25 minutes. Il faut dire que je me suis appliqué, très prudemment, de manière à obtenir des cerneaux parfaits, et surtout éviter de pulvériser le précieux fruit, expérience désagréable qu'il en est que d'avoir à retrouver, parmi les éclats de coquille éparpillés, les petits bouts de noix comestibles émiettés. N'étant pas expert en noix, j'ai dû essayer diverses orientations pour casser les noix : en serrant sur le côté, aux deux extrémités, ou sur le dessus et le dessous. Bref, j'ai aussi utilisé la méthode à la main, en serrant deux noix en même temps, ou entre la main et la table. Casser des noix est donc une activité variée et enrichissante. Ma préconisation sur cette manipulation délicate reste tout de même l'utilisation d'un casse-noix.

Bon, pour ceux qui sont encore là, voici le résultat de l'expérience :

  • Matériel : 1 Casse-noix, 1 balance
  • Noix bio entières : 500 grammes
  • Prix : 3,99 €
  • Temps utile : 25 minutes
  • Résultat : 200 grammes de Cerneaux de noix !!!

Le résultat est consternant !!! Je vous rappelle que les 125 grammes de cerneaux décortiqués coûtaient 3,40 €. Ramenés au même prix que les noix entières, soit 3,99 €, l'équivalent en cerneaux aurait été de 146,7 grammes, ce qui nous révèle un gain de 53,3 grammes de cerneaux supplémentaires, soit 36,33% de produit en plus, et une économie de 1,45 €, soit 27% d'économie. Si si, revérifiez : il s'agit d'une économie de 1,45 € sur une dépense totale qui aurait été de 3,99 € + les 1,45 € que l'on n'a pas payés, soit 5,44 €...

Réaction immédiate :

Quoi ? J'ai passé 25 minutes à casser des noix pour gagner 53,3 grammes de noix  !!!????

Oui, oui, évidemment, il faut relativiser. Déjà, d'un point de vue purement technique, l'expérience est concluante, car il y a bien un gain, et même si il peut paraître faible, cela s'explique par le caractère entièrement improvisé de l'expérience. Le travail réalisé produit quand même une rémunération de 1,45 € / 25 min, ce qui correspond à un taux de 3,48 € / heure, net d'impôts. Je suis sûr qu'avec un peu d'organisation et de pratique, ce taux horaire pourrait facilement augmenter :

  • Production de 2 kilos à l'heure, en multipliant la cadence par 4, ce qui est largement atteignable à mon avis avec un entraînement quotidien
  • Achat des noix en gros à 2 € le kilo (c'est un prix maxi, car on peut trouver bien moins cher je pense)
  • Revente des noix décortiquées à 10 € le kilo
  • Bilan des courses : un bénéfice de 16 €/heure

Avec quelques quelques employés et des objectifs de production journalière de quelques centaines de kilos, dans un local isolé, de préférence en sous-sol, car casser des noix, ça fait du bruit, un peu comme les machines à coudre, l'affaire serait énormément rentable. On appellerait cela le travail aux noix !!!

Pour conclure, nous avons démontré qu'en acceptant de passer un peu de temps pour réaliser soi-même une transformation entre un produit de base et un produit plus élaboré, nous gagnions un peu plus de produit final pour le même prix. Mais nous le savions déjà. Le travail sert à produire, et le produit rapporte. L'échelle de valeur entre le produit et son équivalent en argent n'est par contre pas toujours équitable, selon que l'on se place du côté du producteur, du travailleur, du vendeur, de l'acheteur. Le produit vaut, au sens de la valeur du travail fourni et du service qu'il rend, souvent bien plus que sa valeur marchande.

A l'issu de cette expérience, l'économie réalisée n'est indiscutablement pas grand chose à côté du plaisir de la tâche accomplie, des jolis cerneaux de noix qui nous aurons permis de déguster un succulent gâteau, de la satisfaction d'avoir pu partager cette expérience avec vous. Et donc, oui, je renonce à ces 1,45 euros, gagnés à la sueur de mon dos, mais ce que j'aurai plutôt, c'est déguster un succulent gâteau, et avoir en souvenir de ces jolis cerneaux, une belle photo, et pour moi en gros,  voilà ce que ça vaut.

Ciao.